Processions et Catenacciu – Pâques en Corse : entre tradition et religion

La renommée du Catenacciu n’est plus à faire et chaque année, des milliers de pélerins se déplacent pour y assister. D’ailleurs, s’il ne devait rester qu’une seule tradition en Corse, le Catenacciu serait sans doute le premier choix. L’un des évènements les plus attendus et rassembleurs de toutes les générations. Le Catenacciu, et plus largement la semaine Sainte en Corse, sont des évènements à ne surtout pas manquer. 

La semaine sainte se caractérise en Corse par de nombreuses processions religieuses à travers toute l’île. Les processions ont lieu le plus souvent le Vendredi saint. Dans certains villages ou petites villes elles débutent le jeudi et peuvent se terminer le dimanche. 

Cette semaine sainte est tout d’abord marquée par la disparition des cloches dans les villes et villages. Au silence des cloches, ce sont des instruments sonores en bois qui servent à annoncer les offices, il s’agit là de l’office des ténèbres. Ce rite se déroule autour d’un grand chandelier qui supporte 15 cierges qui s’éteindront l’un après l’autre. Lorsque la dernière lumière s’éteint, le bruit de la nuit des ténèbres commence pour chasser le diable.

C’est ensuite que les processions, conduites par les confréries, prennent le relais lors du vendredi saint. Les confréries, dont les plus anciennes trouvent leurs origines au XIIème et XIIIème siècles sont toujours actives dans la vie sociale et traditionnelle des corses. A chaque quartier, sa chapelle et sa confrérie, qui représentent chacune un  corps de métier (charpentier, avocat, jardinier…). 

Parmi ces processions, celles qui se déroulent à Bonifacio et à Sartène sont particulièrement spectaculaires. Elles évoquent la mémoire sacrée et la ferveur populaire.

LES PROCESSIONS DE BONIFACIO 

 Située en Corse du Sud, à seulement une heure de l’hôtel-résidence U Livanti, cette ville offre un paysage unique. Entre la Citadelle, les falaises, la Marine, les îles… son paysage est à couper le souffle. Mais la ville offre aussi un visage original avec sa vie religieuse et ses fameuses confréries. 

Le jeudi les cérémonies débutent à 15h30 dans le chœur de l’église Sainte Marie. Les cinq confréries, réunies, chantent l’office des ténèbres après avoir allumé les quinze bougies du Grand chandelier. Cet office durera plus de 2 heures.  Au cours de cet office les bougies seront éteintes les unes après les autres selon un rituel ancien.

Le jeudi soir, vers 21h, débutent les processions , avec flambeaux et lanternes et des petites châsses (statues portées en procession). La confrérie de sainte croix, la plus ancienne de Corse, débute en partant de son hospice, suivie  par les trois autres confréries de la haute ville : Saint Jean Baptiste, Saint Barthélémy et Saint Marie Madeleine, qui partent de leurs églises respectives. Quant aux confrères de Saint Erasme (confréries de pêcheurs), eux, se mêlent simplement aux différentes confréries. 

A partir 08h00 pour le vendredi saint, la confrérie de Saint Croix débute. Suivent dans le même ordre que la veille, les autres confréries. Les processions effectuent un parcours dans les rues et ruelles de la haute ville, ponctué de stations (prières) devant les sépulcres. Puis les confréries passent par la porte génoise de la ville et descendent  jusqu’à la marine prier dans l’église Saint Erasme. A chaque croisement les portes croix des confréries, pieds nus et cagoulés, se saluent en silence, en mettant en contact leurs bannières. 

À 16h00 l’office des ténèbres est chantée par tous les confrères au sein de l’église Sainte Marie. Les enfants, eux, font du bruit avec les crécelles pour remplacer la cloche qui ne teintent pas. 

Le vendredi soir à partir de 21h00, ce sont les processions des Grandes Châsses. Sainte Croix débute, suivie des autres confréries, au sein desquelles se fondent les confrères de saint Erasme. Dans le statuaire de Sainte Croix est placé une relique, un morceau de la vraie croix. Chaque chasse est plus importante que celle de la veille. la plus imposante est celle de Saint Barthélémy qui avoisine les 800 Kilos.

C’est après avoir effectué leur parcours, les confréries retournent à leurs églises respectives. C’est alors que les confrères se restaurent selon la tradition, en mangeant : anchois, thon, fèves et « Fugazzi » (petits gâteaux).

L'une des confréries de Bonifacio, descendant de la citadelle et se dirigeant vers le port, pour descendre jusqu'à l'église Saint Erasme
Une des confréries de Bonifacio

LE CATENACCIU DE SARTÈNE 

À une petite quinzaine de kilomètres de l’hôtel, dans « la plus corse des villes corses », selon Prosper Mérimée, se déroule lors du Vendredi Saint un rite immuable depuis le XIVème siècle : Le Catenacciu (le porteur de chaînes). Elle est sans doute la plus connue des processions pascales en Corse.  Mais elle est aussi la plus mystique, où s’exprime une très grande ferveur populaire. 

Aux alentours de 21h30 commence à résonner un bruit de chaînes qui raclent lentement le sol dans un silence total. Puis monte le chant du Perdone o moi dio qui rempli la place Porta face à l’église Saint Marie. Apparaît alors le pénitent vêtu d’une aube et d’une cagoule rouge portant une lourde croix (32 Kg) et des chaînes à une cheville (15 Kg). Suivent, le pénitent blanc symbolisant Simon de Cyrène (qui l’aidera à se relever de trois chutes) et les pénitents vêtus de noir qui portent sur un linceul une statue du Christ mort. Débute alors un parcours de pré de 2 kilomètres à travers les ruelles anciennes éclairées de bougies aux fenêtres des maisons aux façades de pierre typiques de l’île de beauté.

Ce drame auquel assiste la foule est celui de la passion du christ.  Celui-ci reprend symboliquement le chemin vers le Golgotha. Ferveur, piété et respect entoure cette impressionnante procession. Anonyme, au regard de la foule,  le catenacciu a sollicité cette pénitence au pré du prêtre de Sartène qui seul connaît son identité. Après avoir passé deux jours et deux nuits de prières dans une petite chambre du couvent Saint Damien à Sartène, il effectue ce chemin de croix soit pour expier une faute,  soit en gratitude d’un vœu exhaussé ou bien pour demander une grâce divine. Le Catenacciu est d’un telle renommée dans le monde religieux chrétien, que les pénitents viennent du 4 coins du monde. Et ils n’hésitent pas réitérer leur sollicitation durant des années, pour avoir la chance d’être choisi par le prêtre. 

Finalement, le pénitent retourne vers l’église Saint Marie et stationne agenouillé sur le parvis aux côtés du prêtre faisant son sermon. Le cortège, lui, rentre dans l’église, les pénitents se couchent au devant de l’hôtel et un long cortège de fidèle se déroule au prés d’eux partageant leur profonde ferveur.

Le Dimanche de pâques est celui de la lumière, de la résurrection du Christ et de la joie.  En Corse, il est traditionnel de faire un repas familial le dimanche. Mais il est également traditionnel de partir en pique-nique le lundi de pâques. En effet, cela permet de fêter le retour des beaux jours et l’après privations de l’avant pâques. On appelle cela A Merendella, c’est l‘occasion de mettre dans son panier : charcuterie, fromages, vins et Caccavelli (pâtisserie traditionnelle de  pâques sur lesquels on place un ou plusieurs œufs qui durcissent à la cuisson).

DATES DE LA SEMAINE SAINTE 2019 ET DU CATENACCIU
 
Semaine sainte : du 14 avril au 20 avril 2019
Processions de Bonifacio : 18 et 19 avril 2019
Catenacciu de Sartène : 19 avril 2019

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